•   Le thème du concours de fin d'année de T&N, "On se fait une toile ?" résonne comme un écho dans le quasi-vide de la catégorie éponyme de ce blog. J'avais plus ou moins le projet d'y parler de costumes qui m'avaient marqués dans des films visionnés, mais les quelques billets que j'ai pu commencer sont restés à l'état de brouillon parce que je les trouvais trop superficiels ou parcellaires. Le concours est l'occasion de donner une chance à cette catégorie (et puis l'appât du gain javou : on peut remporter un livre qui s'appelle "Je couds pour mes animaux"), et qui sait, de la relancer ?

      Après m'être gratté un peu le menton, j'ai choisi le film Désordre (1986) d'Olivier Assayas qui a été visionné en juillet. C'est l'histoire de jeunes adultes qui vont faire un truc pas très propre pour pouvoir faire tourner leur groupe de rock, et cela va hanter leurs rapports pendant tout le film, comme on le voit dans la scène qui m'a inspirée :

    Le caban

    Personnage furieux qui vient de s'extraire d'une voiture accidentée et de se bastonner avec son pote...

    Le caban

    ...oui, lui là, le faux frère en blouson noir

      Ces images m'ont mis en communication directe avec ce coupon de lainage que je destinais sentimentalement à un caban depuis 3 ans :

    Le caban

    300g/m2, couleur délicatement chinée irrésistible

    Le caban

    Avec la voiture valide restante, ses amis finissent par le déposer à la caserne pour son service militaire (so 1986)

      C'était le déclic qui manquait car jusque là des cabans on en avait vu quelques uns, par exemple très à propos sur Jean Yanne dans Que la bête meure :

    Le caban

    ...ou aussi enthousiasmant qu'un jour de SPM sans pain sur Laetitia Casta dans Le grand appartement :

    Le caban
     

      Mais qu'est-ce qu'un caban au fait ? Eh bien c'est un manteau court, chaud et imperméable, à large col tailleur, et poches en biais s'approchant de la verticale. Son double boutonnage peut se fermer à gauche ou à droite pour s'adapter au sens du vent !
    Je ne voulais pas qu'un caban, je voulais un caban qui ait de la gueule ; et me souvenant que je l'avais acheté à cet effet, j'ai ressorti ce patron objet de réalisations magnifiques par l'internationale burdique :

    Le caban

    Manteau 119 Burdastyle 10/2016

      Après l'avoir adapté à mes exigences (cran assez large mais tombant en s'ouvrant le moins possible, une longueur de tronc un peu plus grande que celle des manches, col un peu moins large), j'ai d'abord fait une toile en 40 haut / 42 hanches dans deux couvertures polaires importées de #letravail, constaté que la manche n'était pas bien large, et donc apporté les modifications suivantes au patron :
    - 0.5 cm ajoutés en longueur à chaque épaule
    - 0.75 cm ajoutés de chaque côté de l'encolure pour mes trapèzes en pente
    - petites épaulettes (1 cm max de haut) que j'ai un peu déplumées sur le devant pour amoindrir la sensation de tête humérale qui bute sur quelque chose
    - côté de la couture de l'empiècement remontés de 0.5 cm
    - retrait d'1,5 à 2 cm en largeur sur le col et 3.5 cm sur les revers des devants
    - 8 cm retirés en bas du manteau, 1 cm ajouté en bas des manches
    - 1.5 cm ajoutés en largeur en haut du tube de manche et 1 cm en bas, tête de manche abaissée d'1 cm
    - retrait des pattes de manche (je suis la championne pour me les prendre dans les poignées de porte)
    - ajout de deux boutons supplémentaires pour mieux fermer le manteau
    - ajout d'une petite poche passepoilée interne pour la carte d'identité à présenter au poste frontière (NB : thermocoller les passepoils la prochaine fois même si la doublure a de la tenue)

      J'ai thermocollé tous les devants, les parementures/revers, le dessus de col, mis des bandes à l'ourlet mais sur la partie extérieure du tissu ou non sur la partie intérieure comme le préconise Burda, les entournures ainsi que sur la tête de manche pour tenter de me passer de cigarette, et c'était un bon choix.

      J'étais partie optimiste avec mes deux mètres de lainage alors que Burda en préconisait trois. J'aurais pu rester optimiste puisque qu'à part un dessous de manche que j'ai du diviser en trois parties, tout est rentré sans encombre malgré la concordance des carreaux à gérer. J'ai un peu déchanté le lendemain au moment de couper les pièces de thermocollant et de doublure : l'empiècement dos demeurait introuvable. Il avait du se trouver transformé en inutile bride de poignet ou en une des parties de ce fameux dessous de manche... Dans les maigres chutes qui restaient, j'ai réussi à reconstruire cet empiècement en trois morceaux. Sachant que vu de loin le tissu à l'air d'avoir les même proportions à l'horizontale et à la verticale mais que ce n'est pas le cas.
    Je me suis interrogée sur l'utilité de la couture droite au dos à part pour l'allure, et l'ai gardé en me disant que la structure apportée par la couture couchée n'allait pas faire de mal au dos non entoilé.

    Le caban

      Le récif des poches passepoilées a été contourné sans encombre

    Le caban

    Le soin apporté au roulé du col a été récompensé, il y a même un petit excès à droite.

    Le caban

    Mais la jonction de la parmenture au revers du bas se voit un peu sur l'endroit malgré le glaçage de tous les remplis

    Le caban

    L'empiècement tripartite passe plutôt inaperçu

    Le caban

       La largeur redonnée aux manches n'était pas de trop : je ne peux porter qu'un pull fin sous ce caban.

    Le caban

    Fusion avec le col en chèvre de l'élevage de chutes d'Odile prévu dans le patron, mais que je ne porterai pas.

      Le lainage n'étant pas très épais, j'ai choisi une une doublure 50% soie/50% laine qui apporte un peu de matière tout en restant suffisamment glissante.

    Le caban

    Toujours pas de finitions de chochotte (aka passepoil entre la doublure et la parementure) en 2019. En 2020 ?

    Le caban

    Les boutons ont l'air d'être en bois

      Alors, elle est contente la dame ? Ben voui, elle a liquidé son coupon, ses adaptations lui donnent le style voulu, et il y a juste assez d'imperfections techniques (la parementure qui tire, les rabibochages de morceaux) et de confort (croisure un peu basse pour l'hiver et port d'un gros pull prohibé) pour lui donner envie de remettre une veste ou un manteau sur l'établi.

    Le caban

    Et on remercie Monsieur pour les photos !


    27 commentaires
  • Petits meurtres entre amis - Danny Boyle (1994)

     

    Rêve d'une France où les lunettes redeviendraient rondes et les voitures rectangulaires...


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